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L'Initiation

L'Initiation: Premiere Partie: Les Degres de l'Initiation: Contrôle des pensées et des sentiments

On-line since: 17th July, 2006

Contrôle des pensées et des sentiments

Si l'on recherche l'accès de la science occulte de la manière décrite dans les chapitres précédents, il ne faut pas manquer de se fortifier, au cours de son travail, par une pensée particulièrement stimulante. Il faut avoir constamment à l'esprit qu'on peut réaliser des progrès très sérieux sans que ces progrès soient visibles sous la forme que peut-être on attendait. Si l'on ne tient pas compte de ce fait, on risque fort de perdre patience et d'abandonner au bout de peu de temps toute espèce de tentative. Les forces et les facultés qu'il s'agit de développer sont dans les commencements d'une nature très délicate et leur essence diffère entièrement de tout ce que l'homme a pu se représenter auparavant. Jusqu'ici, il ne connaissait que le contact avec le monde physique. Les réalités de l'esprit et de l'âme échappaient à son regard comme à ses concepts. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il ne remarque pas immédiatement la présence des forces spirituelles et psychiques qui font leur apparition en lui.

C'est là un risque d'erreur pour celui qui pénètre sur le sentier sans tenir compte des expériences amassées par des chercheurs avertis. Un occultiste constate les progrès que le disciple accomplit longtemps avant que celui-ci n'en ait conscience. Il sait de quelle manière se forme l'œil de l'esprit dans sa structure délicate avant que le disciple n'en sache rien. Une des parties les plus importantes des indications qu'il donne consiste précisément à exprimer les règles qui permettent à l'étudiant de ne pas perdre la confiance, la patience et la ténacité, avant d'avoir obtenu la connaissance. Le maître ne peut à vrai dire rien donner à l'élève, si celui-ci ne le possède déjà, au moins d'une manière cachée; on ne peut que le guider vers l'éveil des facultés qui sommeillent. Mais la description du chemin par lequel lui-même a passé peut être un appui pour celui qui veut aller de l'obscurité à la lumière.

Il en est beaucoup qui abandonnent le sentier de la science occulte après peu de temps, parce que leurs progrès ne leur semblent pas dès l'abord remarquables. Et même quand surviennent les premières expériences supérieures dont l'élève ait conscience, il les considère souvent comme des illusions, parce qu'il s'était imaginé tout autrement ce qu'il devait ressentir. Il perd courage, soit parce qu'il considère ces premières expériences comme sans valeur, soit parce qu'elles lui semblent trop minimes pour le conduire bientôt à un résultat sérieux. Or, courage et confiance en soi sont deux lumières qu'on ne doit pas laisser s'éteindre sur le sentier de l'occultisme. Si l'on ne peut prendre sur soi de répéter avec patience et sans se lasser un exercice qui a semblé un nombre incalculable de fois ne pas réussir, on n'ira pas loin.

Bien avant une perception nette des progrès accomplis, un sentiment confus avertit qu'on est sur la bonne route. Il faut nourrir et cultiver ce sentiment, car il peut devenir un guide sûr. Il importe avant tout d'extirper de soi la superstition que l'on peut parvenir à la connaissance supérieure à l'aide de procédés bizarres et mystérieux. Il faut bien voir, au contraire, qu'on peut prendre pour point de départ les sentiments et les pensées de la vie journalière, en leur imprimant seulement une direction nouvelle. Chacun peut se dire: dans la sphère de mes sentiments personnels et de mes idées se trouvent cachés les mystères les plus augustes; mais jusqu'ici je n'ai pas su les percevoir. Le problème réside donc finalement en ceci: l'homme porte partout avec lui son corps, son âme et son esprit, mais il n'est conscient que de son corps et non de son âme et de son esprit. Or, l'occultiste devient conscient de l'âme et de l'esprit, comme l'homme ordinaire l'est de son corps.

C'est pourquoi il importe d'orienter dans la bonne direction les sentiments et les pensées. Alors se développera dans la vie ordinaire la faculté de percevoir les choses invisibles. Nous allons donner ici l'un des moyens d'y parvenir. Il est d'une extrême simplicité, comme presque tous ceux que nous avons décrits jusqu'ici, mais il produit les plus grands effets quand on le met en pratique avec continuité et qu'on sait l'accompagner des dispositions intérieures nécessaires.

Que l'on pose devant soi une petite graine de plante. Il s'agit en face de cet objet minime de faire naître intensément en soi les pensées qui s'y rapportent, et par ces pensées d'éveiller certains sentiments. Tout d'abord, rendez-vous compte très clairement de ce que vos yeux perçoivent en réalité. Faites-vous une bonne description de la forme, de la couleur et de tous les autres caractères de la graine. Puis réfléchissez à ceci: Si l'on mettait cette graine en terre il en naîtrait une plante très complexe. Représentez-vous bien cette plante. Évoquez-la en imagination. Et dites-vous alors: ce que j'évoque actuellement en imagination, les forces de la terre et de la lumière vont en réalité le faire surgir un jour du sein de cette graine. Si j'avais devant moi une imitation artificielle de la graine, la reproduisant à s'y méprendre au point que mes yeux ne pourraient la distinguer de la vraie, il n'existerait en fait aucune force, dans la terre ni dans la lumière, pour en faire jaillir une plante. Que l'on réalise très clairement cette pensée, qu'on la vive en soi, et l'on va être capable de concevoir ce qui suit en y joignant le sentiment approprié. On va se dire: dans cette graine repose déjà, bien que d'une manière cachée, toute la plante en puissance, tout l'organisme qui en sortira plus tard. Cette force ne réside pas dans la graine imitée. Cependant, à mes yeux, toutes deux sont identiques. Dans la graine réelle existe donc quelque chose d'invisible qui ne se trouve pas dans l'objet fabriqué. C'est sur cet invisible qu'il faut diriger maintenant pensées et sentiments. (Note 5 : Si l'on objectait qu'à l'examen microscopique l'objet réel arrive à se distinguer de l'imitation, on démontrerait seulement qu'on n'a pas compris le vrai but de ces exercices; l'essentiel n'est pas tant l'objet réel, sensible, que l'on a devant soi, que l'impulsion de développer à son sujet des forces latentes dans l'âme et dans l'esprit.)

Représentez-vous bien ceci: c'est cet invisible qui, plus tard, se transformera en la plante visible que je pourrai contempler dans sa forme et sa couleur. Et attachez-vous à cette pensée: l'invisible deviendra visible. Si je n'étais pas capable de penser, ce qui ne sera visible que plus tard ne pourrait pas dès maintenant se faire connaître à moi.

Il faut bien préciser un point: ce que l'on pense doit être intensément ressenti. Dans le calme, sans se laisser distraire par aucune autre pensée, on vit en soi ce qui vient d'être décrit; et on se donne tout le temps nécessaire pour y rattacher les pensées et le sentiment, afin qu'ils creusent dans l'âme une empreinte profonde. Si l'on réussit comme il convient, on parviendra après un certain temps, peut-être seulement après des essais très nombreux, à prendre conscience d'une force. Et cette force ouvrira une nouvelle vision des choses: la graine apparaîtra comme au centre d'un léger nuage lumineux. On peut la ressentir, selon un mode sensoriel-spirituel, comme une sorte de flamme. On ressent devant le centre de cette flamme ce qu'on ressent en face de la couleur lilas-mauve; tandis que le bord évoque l'impression qu'on retire d'une couleur bleuâtre. Alors apparaît ce que l'on n'a pas vu auparavant et qu'a créé la force de la pensée et des sentiments éveillés en nous par la méditation. Une chose, invisible aux sens physiques et qui, à l'état de plante, ne devait apparaître que plus tard, se révèle dès à présent spirituellement visible.

Il est évident que la plupart des gens tiendront ces révélations pour une pure illusion. Beaucoup diront: que signifient ces visions, ces phantasmes ? Et plus d'un se découragera sans poursuivre sa route. La difficulté est justement de traverser ces étapes si ardues de l'évolution humaine sans confondre l'imagination avec la réalité spirituelle et de trouver, en outre, le courage nécessaire pour continuer sa marche en avant sans effroi et sans appréhension. D'autre part, il ne faut pas cesser un instant de renforcer le bon sens qui distingue la vérité de l'illusion. Pendant tous ces exercices, on ne doit pas perdre une seule minute la pleine maîtrise consciente de soi-même. On doit penser avec autant d'assurance que s'il s'agissait des choses et des événements de la vie journalière. Il serait fâcheux que l'on tombât dans un état proche de l'hallucination. Les idées doivent rester claires, pour ne pas dire froides, et cela sans défaillance. Si ces exercices faisaient perdre l'équilibre intérieur et s'ils empêchaient de juger aussi sainement les choses de la vie ordinaire qu'on le faisait auparavant, une très grande faute aurait été commise. Le disciple doit s'examiner consciencieusement lui-même pour vérifier si cet équilibre demeure intact et s'il reste bien lui-même au sein des conditions dans lesquelles il vit. Un calme inébranlable en soi-même, un sens clair à l'égard de tout, voilà ce qu'il faut savoir conserver. En outre, il faut bien prendre garde de ne pas se laisser aller à n'importe quel vagabondage d'idées et de ne pas se livrer aux premiers exercices venus. Les directives que nous avons données ici pour la méditation ont été éprouvées et pratiquées depuis la plus haute antiquité dans les écoles d'occultisme, et nous ne communiquons que celles-là. Celui qui voudrait en appliquer d'une autre nature, s'en forger lui-même ou en emprunter ça et là à des lectures, à des rencontres de hasard, tomberait fatalement dans l'erreur et ne tarderait pas à se laisser aller à des divagations sans fin.

Un nouvel exercice doit venir compléter celui qui vient d'être décrit. Mettez-vous devant une plante en état de plein épanouissement et pénétrez-vous de cette pensée qu'un temps viendra où cette plante périra. De ce que je vois devant moi, un jour plus rien n'existera. Mais cette plante aura mûri en elle des graines capables de donner la vie à des plantes nouvelles. Me voilà de nouveau arrivé à la constatation qu'il existe au sein de ce que je vois quelque chose de caché que je ne vois pas. Je remplis mon esprit de la pensée que cette plante, avec sa forme et ses couleurs, mourra un jour; mais la représentation intense qu'elle porte en elle des germes d'avenir m'enseigne qu'elle ne disparaîtra pas dans le néant. Ce qui la préserve de l'anéantissement échappe tout autant à ma vue que précédemment la plante en puissance dans la graine. Il y a donc dans cette plante quelque chose que je ne vois pas avec mes yeux. Si je fais vivre en moi cette pensée, en l'unissant au sentiment qui lui correspond, il se développera en moi, après un certain temps, une force qui provoquera un nouveau mode de vision. Je verrai ici encore sortir de la plante une sorte de forme spirituelle semblable à une flamme. Mais cette flamme est naturellement plus grande que celle que nous avons précédemment décrite; elle peut donner une impression semblable à du bleu-verdâtre en son milieu, à du rouge-jaunâtre en sa bordure extérieure.

Soulignons ici expressément que l'on ne voit pas ce que nous appelons « couleurs » comme les yeux physiques voient les couleurs; mais que la perception spirituelle donne une impression analogue à celle qu'on ressent devant une couleur physique. Avoir la perception spirituelle du « bleu » signifie: ressentir une impression analogue à celle que la couleur bleue transmet par l'intermédiaire de l'œil physique. Il faut y prendre garde si l'on veut arriver réellement à un progrès dans la perception spirituelle. Sinon on n'attend du spirituel qu'une répétition du phénomène physique, ce qui cause forcément des déceptions amères.

Si l'on est parvenu à cette faculté de voir en esprit, on a fait un grand pas en avant, car les choses se révèlent alors non seulement dans leur existence présente, mais aussi dans leurs phases de croissance et de dépérissement. On commence à voir de toutes parts l'esprit dont les sens physiques ne peuvent rien savoir. On accomplit les premiers pas vers la contemplation d'un mystère: celui de la naissance et de la mort. Pour les sens extérieurs, un être apparaît à la naissance et disparaît à la mort. S'il en est ainsi, c'est parce que les sens ne sauraient percevoir l'esprit caché des êtres. Pour l'esprit, la naissance et la mort ne sont qu'une métamorphose, comme la floraison qui, du bouton, fait surgir la fleur, est elle aussi une métamorphose qui s'opère sous nos yeux. Mais si l'on veut pénétrer par soi-même dans l'essence qui se transforme, il faut travailler à l'éveil des sens supérieurs par les méthodes que nous avons indiquées.

Afin d'écarter tout de suite une autre objection qui pourrait être faite par des personnes douées de quelque expérience psychique, disons encore ceci: on ne saurait contester qu'il existe des chemins plus courts et plus simples, et que d'autre part il peut se trouver des gens qui ont par eux-mêmes le sens des phénomènes de croissance et de mort, sans avoir pratiqué tous les exercices que nous venons de décrire. Il y a, en effet des humains qui possèdent naturellement des dispositions psychiques remarquables, auxquelles il suffit d'une légère impulsion pour s'épanouir. Ce sont là des exceptions. Tandis que le chemin indiqué ici est sûr et ouvert à tous. Il n'est pas impossible non plus d'acquérir des notions de chimie par des moyens d'exception; mais si l'on veut devenir chimiste, il faut passer par la route commune et vérifiée.

On commettrait une erreur grosse de conséquences si l'on pensait parvenir au but plus facilement en se contentant de se représenter, d'imaginer la graine ou la plante. En procédant ainsi, on peut aussi obtenir un résultat, mais bien moins certain que par la méthode indiquée. La vision qu'on obtiendra ne sera dans la plupart des cas qu'un mirage de l'imagination; et il faudra attendre qu'il se transforme en une vision véritablement spirituelle. Car l'essentiel est de ne pas s'inventer à soi-même, au gré de son caprice, des perceptions nouvelles, mais bien de laisser la réalité les créer en soi. La vérité doit jaillir des profondeurs de mon âme, certes, mais ce n'est pas à mon moi ordinaire que revient le rôle du magicien tirant de rien cette vérité. Les êtres eux-mêmes dont je veux contempler la réalité spirituelle doivent remplir la fonction de ce magicien.

Si, par cette discipline, on a dégagé en soi les rudiments de la perception spirituelle, on va pouvoir s'élever jusqu'à la contemplation de l'être humain lui-même, en choisissant tout d'abord les manifestations les plus simples de la vie humaine.

Mais avant qu'on en vienne là, il est nécessaire de travailler énergiquement à la purification complète de son être moral. Il faut écarter toute tentation d'utiliser pour son usage personnel la connaissance ainsi acquise. Il faut s'être engagé vis-à-vis de soi-même à ne jamais se servir dans le sens du mal de la puissance que l'on pourrait acquérir sur ses semblables. Aussi, tous ceux qui cherchent à pénétrer par eux-mêmes dans les secrets de la nature humaine doivent-ils observer la règle d'or du véritable occultisme. Cette règle est ainsi conçue: « Quand tu tentes de faire un pas en avant dans la connaissance des vérités occultes, fais en même temps trois pas pour perfectionner ton caractère en vue du bien. » Celui qui observe cette règle peut entreprendre des exercices du genre de celui que nous allons décrire maintenant.

Évoquez l'image d'un homme que vous avez observé un jour qu'il convoitait la possession immédiate d'un objet, et concentrez votre observation sur ce désir, cette convoitise. Il est préférable d'évoquer le moment où ce désir atteignait son plus haut point d'intensité, mais où l'on pouvait encore se demander si l'homme pourrait effectivement le satisfaire. Et maintenant livrez-vous tout entier à la représentation de ce qu'évoque votre souvenir. Faites régner en votre âme un calme aussi absolu que possible; essayez autant qu'il est en votre pouvoir d'être aveugle et sourd pour tout ce qui vous environne; veillez attentivement à ce que la représentation évoquée éveille en votre âme un sentiment. Laissez ce sentiment monter en vous comme un nuage monte à l'horizon dans un ciel parfaitement limpide. Naturellement, en règle générale, l'observation sera suspendue par le fait que l'on ne peut pas assez longtemps observer dans son état de désir l'homme sur lequel on dirige son attention. Il faut recommencer cent fois cet essai sans résultat; mais ne perdez pas patience. A la fin vous sentirez tout de suite monter en vous le sentiment correspondant à l'état d'âme de celui que vous observez. Après un certain temps, vous remarquerez que ce sentiment développe dans votre âme une force qui donnera naissance à la vision spirituelle des états intérieurs. Vous verrez dans votre champ visuel apparaître une image qui donne une impression lumineuse; cette image lumineuse, de nature spirituelle, est la manifestation « astrale » de l'état de désir observé. C'est de nouveau à une impression de flamme que nous pouvons comparer cette image. Elle est ressentie comme une coloration rouge-jaune dans le centre, et bleu-rouge ou lilas dans son pourtour. Tout dépend ensuite du tact dont on entoure ces visions spirituelles. Le mieux est de n'en parler d'abord à personne, sauf éventuellement à son guide si l'on en possède un. Car si l'on essaie de décrire maladroitement, par le moyen des mots, un phénomène de ce genre, on peut être souvent la proie de cruelles désillusions. On emploie des mots habituels qui ne conviennent pas à de pareils sujets et qui sont pour eux grossiers, trop appuyés. Par suite, en voulant ainsi décrire ses expériences, on est tenté de mêler aux visions authentiques des mirages de toutes sortes.

A nouveau, une règle importante s'impose ici au disciple: apprends à garder le silence sur tes visions. Oui, sache te taire jusque devant toi-même. Ce que tu as vu en esprit, ne tente ni de l'exprimer par des mots, ni de l'interpréter par des raisonnements maladroits. Donne-toi sans parti-pris à ta vision spirituelle, et crains de la troubler par trop de réflexions. Songe, en effet, que tes réflexions ne sont, au début, nullement en harmonie avec ce que tu as vu. Elles n'ont été jusqu'ici alimentées que par des impressions bornées au monde physique. Or, tes expériences actuelles dépassent de beaucoup ces limites. N'essaie donc pas d'appliquer à ces expériences nouvelles et plus hautes une mesure adaptée aux anciennes. Il faut avoir acquis beaucoup de fermeté et d'assurance dans l'expérience intérieure pour pouvoir en parler d'une manière qui soit profitable à ses semblables.

A cet exercice doit venir s'en adjoindre un autre qui le complète. Il faut observer de la même manière comment se comporte un homme qui vient de satisfaire un de ses désirs, de remplir une de ses espérances. Si l'on observe les mêmes règles et les mêmes précautions que nous avons indiquées dans le cas précédent, on parviendra également à une vue spirituelle du phénomène. On observera une forme spirituelle semblable à une flamme qui donne le sentiment d'être jaune au centre et verdâtre en son pourtour.

Par une observation de ce genre, appliquée à ses semblables, on peut facilement tomber dans une faute morale grave: on peut devenir insensible, sans amour. Évitez à tout prix qu'il en soit ainsi. Pour faire de telles observations, il faut avoir atteint le point d'évolution où l'on possède une certitude absolue: celle que les pensées sont des réalités. Si l'on en est convaincu, on ne doit plus se permettre d'avoir à l'égard de ses semblables des pensées qui ne seraient pas conciliables avec le plus profond respect de la dignité et de la liberté humaines. L'idée qu'un homme pourrait n'être pour nous qu'un objet d'observation ne doit pas nous habiter un instant. L'éducation de soi-même doit toujours marcher de pair avec une observation occulte de l'être humain. Elle nous permet d'affirmer sans réserve le droit de chaque homme à être lui-même; nous considérons l'âme d'autrui comme un sanctuaire pour nous inviolable en pensée comme en sentiment; un sentiment de respect sacré nous pénètre à l'égard de tout phénomène humain, même lorsqu'il n'est évoqué que dans notre souvenir.

Pour le moment, il n'est encore possible de donner ici que ces deux exemples de ce qu'on doit à l'illumination en ce qui concerne la nature humaine; ils suffisent d'ailleurs à montrer la voie dans laquelle il faut avancer. Celui qui peut s'assurer ce silence et ce calme intérieur qui sont indispensables pour réussir ces exercices, opère déjà une grande transformation en lui. Cette transformation enrichit à tel point sa vie intérieure qu'elle confère du calme et de l'assurance jusque dans le comportement extérieur, et, à son tour, celui-ci a sa répercussion sur l'âme. C'est ainsi qu'il avancera, qu'il trouvera les moyens de découvrir toujours davantage les aspects de la nature humaine qui restent cachés aux sens extérieurs. Et il aura un jour la maturité voulue pour plonger ses regards jusque dans les rapports mystérieux qui mettent l'homme en harmonie avec tout ce qui existe dans l'univers.

Sur cette voie, l'homme ne cesse de s'approcher du moment où il va pouvoir réaliser ses premiers pas dans l'initiation. Mais avant qu'ils puissent être entrepris, une chose est encore nécessaire, une chose dont le disciple ne comprendra peut-être la nécessité que plus tard. Mais il y arrivera.

En effet, ce que doit apporter le candidat à l'initiation, c'est un courage parfait et, en une certaine mesure, une absence totale de peur. On doit rechercher les occasions favorables au développement de ces vertus. Elles doivent être systématiquement cultivées au cours de l'entraînement occulte; mais la vie elle-même est en cela une excellente école, peut-être la meilleure. Savoir regarder en face un danger, chercher sans hésiter à surmonter les difficultés, c'est ce dont il faut être capable. Par exemple, en face d'un danger, il doit immédiatement s'affermir dans un sentiment tel que celui-ci: « Mon angoisse ne servira à rien; je dois m'en délivrer pour me concentrer sur ce qu'il y a lieu de faire. » Il doit en arriver à ce qu'en face de situations qui auparavant le rendaient anxieux il sente au fond de lui que l'anxiété ou le découragement lui sont devenus totalement impossibles. Par cette éducation de soi-même, le disciple éveille en lui certaines forces dont il a besoin pour être initié à des mystères plus élevés. De même que l'homme physique a besoin de force nerveuse pour employer ses sens physiques, l'homme psychique a besoin d'une force qui ne se développe que dans les natures intrépides et courageuses. Celui qui pénètre dans les mystères supérieurs voit un certain nombre de choses, que les illusions des sens cachent à la vision ordinaire. Et, précisément, lorsque les sens physiques nous empêchent de voir les vérités supérieures, cette entrave est un bienfait pour l'homme ordinaire. Grâce à elle, certaines choses en effet restent cachées qui pourraient jeter dans un trouble sans bornes celui qui, n'y étant pas préparé, ne saurait en supporter la vue. Le chercheur spirituel doit se rendre capable de supporter ces spectacles. Il perd un certain nombre d'appuis dans le monde extérieur. Il était justement redevable de ces appuis à l'illusion sensible qui le captivait. Les choses se passent littéralement comme si l'on signalait brusquement à quelqu'un un danger dans lequel il se trouvait depuis longtemps déjà, mais sans le savoir. Auparavant il ne tremblait pas; mais maintenant qu'il sait, la peur le saisit, bien que le danger n'ait pas empiré du fait qu'on en a pris conscience.

Les forces de l'univers sont d'une nature qui à la fois détruit et édifie; la destinée de tout ce qui existe extérieurement est de naître et de mourir. Celui qui a la connaissance doit plonger un regard dans le jeu de ces forces, le mouvement de cette destinée. Il faut pour cela qu'il écarte le voile qui obscurcit habituellement sa vision spirituelle. Mais l'homme lui-même est mêlé à l'action de ces forces et de cette destinée. Ces forces, constructives et destructives, il les retrouve dans sa propre nature. Aussi nue qu'apparaît au voyant la vie, aussi nue se dévoile à lui sa propre âme. En face de cette connaissance de soi-même, l'étudiant ne doit pas perdre ses forces. Pour qu'elles ne lui manquent pas, il faut qu'il en ait surabondamment. Et dans ce but, il doit apprendre à conserver le calme et la tranquillité intérieurs dans les circonstances les plus difficiles de la vie. Il doit édifier en lui une confiance inébranlable dans les forces bonnes de l'existence et prendre son parti de perdre un certain nombre d'impulsions qui le faisaient agir jusqu'alors. Il se rend compte qu'il n'a bien souvent agi et pensé que par pure ignorance et que les mobiles qu'il avait auparavant lui manquent désormais. Par exemple, il a souvent agi par vanité et par amour-propre: il constate que l'amour-propre n'a aucune valeur pour celui qui sait. Il a souvent agi par convoitise et cupidité: il se rend compte que de tels désirs exercent des ravages. Il faudra donc de nouveaux mobiles à ses actions, à ses pensées, et c'est à ce moment-là que doivent intervenir le courage et l'absence totale de peur.

Il convient principalement de cultiver ce courage et cette intrépidité au plus profond de la vie des pensées. Jamais un échec ne doit porter l'étudiant au découragement. Chaque fois, il doit recourir à cette pensée: « J'oublierai que souvent déjà j'ai échoué dans cette entreprise, et je vais recommencer ma tentative comme si rien n'avait été fait. » Il conquiert ainsi la conviction que les sources de forces auxquelles il peut puiser dans l'univers sont intarissables. Il aspire au monde spirituel qui est prêt a l'aider, à le soutenir, si souvent que se soit révélée la faiblesse de son être terrestre. Il se rend capable d'aller vers l'avenir et ne se laisse troubler dans sa marche en avant par le souvenir d'aucune expérience du passé.

Si quelqu'un possède jusqu'à un certain degré les qualités que nous venons de décrire, il est mûr pour entendre les vrais noms des choses qui sont la clef de la connaissance supérieure. Car l'initiation consiste à connaître les choses de l'univers sous le nom qu'elles ont dans l'esprit de leurs divins auteurs. Dans ces noms résident les mystères des choses. Si les initiés parlent une autre langue que les profanes, c'est parce qu'ils peuvent donner aux êtres l'appellation qui a servi à les créer.

Notre prochain chapitre traitera de l'initiation elle-même dans la mesure où cela est possible.




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