onload="setVariables();checkLocation()" id="eLib_BodyTag">
[RSArchive Icon]
Rudolf Steiner Archive Section Name Rudolf Steiner Archive



L'Initiation

L'Initiation: Premiere Partie: Aperçus Pratiques

On-line since: 17th July, 2006

APERÇUS PRATIQUES

Quand un homme travaille à perfectionner ses sentiments, ses pensées, ses dispositions intérieures d'après les méthodes décrites dans les chapitres sur la préparation, l'illumination et l'initiation, il donne à son âme et à son esprit une structure semblable à celle que la nature a donnée à son corps physique. Avant cette formation, l'âme et l'esprit sont des masses non structurées. Le clairvoyant les perçoit sous l'aspect de tourbillons nuageux, de spirales qui s'entremêlent, donnant des impressions de couleurs ternes tirant le plus souvent sur le rouge, le rouge-brun ou parfois le jaune-rougeâtre. Une fois organisées, ces masses commencent à prendre un éclat spirituel, nuancé de vert-jaune ou de bleu-vert, en même temps qu'elles présentent une structure régulière. L'homme parvient à cette régularité de structure et par là à des connaissances supérieures en ordonnant ses sentiments, ses pensées, ses dispositions psychiques, comme la nature ordonne en lui les fonctions corporelles pour lui permettre de voir, d'entendre, de digérer, de respirer. Il apprend peu à peu à respirer et à voir par l'âme, à entendre et à parler par l'esprit.

Citons encore ici quelques aspects pratiques plus précis de cette éducation de l'âme et de l'esprit. Ce sont au fond des règles que chacun peut observer même s'il n'en suit pas d'autres, et qui font avancer dans la science de l'esprit.

Il faut particulièrement s'efforcer de cultiver la patience. Chaque mouvement d'impatience paralyse et peut même détruire les facultés supérieures qui sommeillent en l'homme. On ne doit pas s'attendre à ce que du jour au lendemain de vastes horizons s'ouvrent sur le monde spirituel, car ainsi on n'obtient rien du tout. Il faut savoir être content du moindre progrès, rester calme et serein jusqu'au fond de l'âme. Il est compréhensible que l'étudiant attende impatiemment des résultats; cependant rien ne se produira aussi longtemps qu'il n'aura pas maîtrisé cette impatience. Il ne sert à rien de la combattre dans le sens ordinaire du mot, ce qui ne fait que l'accroître. On n'arriverait ainsi qu'à s'illusionner au point de la croire disparue alors qu'elle serait d'autant plus forte au fond de l'âme. Il faut, pour réussir, se plonger continuellement dans une pensée bien définie, en la faisant totalement sienne. Cette pensée est la suivante : « Certes je dois tout faire pour développer mon âme et mon esprit; mais j'attendrai avec sérénité que les puissances supérieures me jugent digne de l'illumination qui me correspond. » Si cette pensée s'enracine en l'homme assez profondément pour devenir un trait de caractère, il est dans le bon chemin. Cette disposition se reflète même dans son aspect extérieur : le regard devient calme, les mouvements assurés, les décisions précises et tout ce qu'on appelle nervosité disparaît peu à peu. Ainsi de petites règles de conduite qui ont l'air insignifiantes peuvent exercer une action considérable. Par exemple, quelqu'un nous cause une offense; avant notre entrée sur le chemin, nous nous serions élevé contre l'offenseur et la colère aurait rempli notre âme. Chez le disciple, au contraire, en telle occasion une seule pensée domine : « Cette offense ne m'enlève rien de ma valeur personnelle. » Et il prend les mesures nécessaires pour y parer avec calme, sérénité, sans irritation. Il ne s'agit pas naturellement de se laisser offenser sans protester, mais simplement de se comporter avec autant de calme et de sang-froid dans le cas d'une offense qui nous atteint personnellement que si elle s'adressait à une autre personne dans des circonstances où nous aurions le droit de la réprouver. Remarquez une fois de plus que le progrès occulte ne se manifeste pas par un changement éclatant de notre comportement, mais par une transformation subtile et silencieuse de nos sentiments et de nos pensées.

La patience exerce un véritable attrait sur les trésors du savoir occulte, tandis que l'impatience les repousse. Par la fièvre et l'agitation, on ne peut rien acquérir dans les domaines supérieurs de l'existence. Il faut avant tout imposer silence au désir et à l'avidité. Ce sont des attitudes de l'âme qui effarouchent toute connaissance supérieure. Si précieuse que soit la connaissance occulte, il ne faut pas la convoiter; elle doit venir à nous. Celui qui la désire pour en faire sa chose ne l'obtient jamais.

Dans ce but, il faut avant tout être franc vis-à-vis de soi-même, ne pas se permettre d'avoir sur soi des illusions. On doit savoir regarder en face avec franchise ses fautes, ses faiblesses, ses incapacités. Dès l'instant que tu cherches une excuse à tes faiblesses, tu dresses un obstacle sur le chemin de ton progrès spirituel. Tu ne peux éviter ces obstacles que par un regard franc sur toi-même. Il n'y a qu'un moyen de se dépouiller de ses défauts et de ses faiblesses, c'est de les regarder en face. Toutes les possibilités dorment en l'homme et l'on peut les éveiller. L'entendement et la raison eux-mêmes sont susceptibles d'être améliorés si on les étudie avec sang-froid et calme pour se rendre un compte exact de leurs imperfections. Cette connaissance de soi-même est naturellement malaisée, car la tentation de s'illusionner sur son propre compte est sans bornes. Mais celui qui s'accoutume à être véridique envers lui-même s'ouvre les portes de la perception supérieure.

Toute curiosité vaine doit également disparaître chez le chercheur. Il doit autant que possible perdre l'habitude de poser des questions pour le seul apaisement d'un désir personnel de connaissance. Il ne doit s'informer que de ce qui peut perfectionner son être pour le service de l'évolution. Cela ne doit pas freiner en quoi que ce soit la joie, l'enthousiasme pour la connaissance. Tout ce qui sert ce but doit être pour lui une exhortation qu'il écoute avec dévotion et qu'il recherche.

La formation occulte exige particulièrement une éducation du désir. Il ne s'agit pas de ne plus rien souhaiter, car il est naturel que nous aspirions à ce que nous devons atteindre et un désir se réalise d'autant mieux qu'on met en lui une plus grande force ; mais cette force doit provenir de la vraie connaissance.

« Ne jamais rien souhaiter en un domaine, avant d'avoir appris à connaître ce qui en lui est juste », telle est la règle d'or que doit suivre le disciple.

Le sage apprend d'abord quelles sont les lois de l'univers; ensuite ses désirs se changent en forces de réalisation. Voici un exemple probant : Beaucoup d'hommes désirent savoir ce qu'a pu être leur vie antérieurement à leur naissance. Un tel désir est sans objet et sans issue tant qu'on ne s'est pas assimilé par l'étude de la science spirituelle la connaissance des lois ainsi que de la nature des choses éternelles et cela dans leur caractère le plus subtil. Lorsqu'on a réellement acquis cette connaissance et qu'on veut aller plus loin ensuite, alors un désir ennobli et purifié vous porte.

Il ne sert non plus à rien de dire : « Mais je veux à tout prix connaître ma vie antérieure et c'est justement dans cette intention que je travaille à m'instruire. » Il vaut bien mieux être capable d'écarter ce désir personnel, de l'éliminer totalement et de travailler d'abord sans cette intention. Il faut nourrir la joie et le don de soi à l'étude, sans cette intention personnelle. C'est seulement ainsi qu'en même temps on apprend à développer le genre de désir qui entraînera une réalisation.

*
*   *

Dès que je me mets en colère ou que je m'irrite, je construis une barrière qui m'isole dans le monde psychique, et les forces qui doivent édifier mes organes spirituels ne peuvent plus parvenir jusqu'à moi. Par exemple, quelqu'un m'irrite; tant que je suis en colère, il m'est impossible de percevoir le courant que son âme émet dans le monde psychique. Je ne le perçois pas tant que je suis encore capable de me fâcher. Mon irritation me le cache. Mais il ne faut pas croire qu'il me suffira de ne plus m'irriter pour percevoir aussitôt un phénomène psychique. Il faudra encore qu'en moi s'ouvre l'œil de l'âme. Or les rudiments de cet œil existent chez tout être humain. Ils demeurent cependant inertes aussi longtemps que l'homme est capable de s'irriter. D'ailleurs, il ne suffit pas, pour les rendre actifs, d'avoir quelque peu combattu le sentiment de la colère. Il faut, sans se lasser, continuer la lutte, la poursuivre avec patience. Et un jour on remarquera que l'œil intérieur vient de s'ouvrir. A vrai dire, pour arriver à ce but, il ne suffit pas de combattre uniquement l'irritation. Beaucoup s'abandonnent à l'impatience et au doute parce que pendant des années ils ont combattu certaines dispositions de caractère et que la clairvoyance n'est quand même pas venue. Ils ont effectivement perfectionné certains côtés de leur nature, mais ont laissé d'autant plus proliférer les autres. Le don de clairvoyance n'apparaîtra pas avant que ne soit maîtrisé tout ce qui faisait obstacle à l'éveil des facultés qui sommeillent. Assurément, la clairvoyance et la clairaudience commencent à poindre auparavant, mais ce sont des bourgeons infiniment délicats, facilement soumis à toutes les erreurs, ou bien qui se flétrissent vite si on les prive des soins nécessaires.

Parmi les dispositions adverses qu'il faut combattre tout autant que la colère et l'irritabilité, citons la tendance à la peur, la superstition et les partis pris, la vanité et l'ambition, la curiosité et les confidences inconsidérées, les barrières qu'on établit entre les êtres d'après leur rang, leur race ou leur origine. On ne comprend guère à notre époque que combattre ces défauts ait quelque chose à faire avec l'affinement des facultés de connaissance. Mais tout occultiste sait bien que cette maîtrise a beaucoup plus d'influence sur le développement que des conquêtes d'intelligence et la pratique d'exercices artificiels. On pourrait facilement se méprendre et croire que pour combattre la crainte il faille devenir follement audacieux et que pour vaincre les préjugés de race ou de classe on ne doive plus faire aucune distinction entre les hommes. Il s'agit bien plutôt d'avoir un jugement droit, ce qui n'est pas possible tant qu'on obéit à des préventions. Déjà, la simple réflexion nous montre que, par exemple, la peur d'un phénomène empêche de le juger clairement; de même, un préjugé de race interdit de pénétrer dans l'âme d'un homme. Cette simple réflexion, le disciple doit la méditer avec finesse et pénétration.

Un autre obstacle pour l'entraînement occulte consiste à parler sans avoir suffisamment éclairé par la réflexion ce que l'on veut dire, et ici il faut considérer un point que seul un exemple peut mettre en lumière. Si quelqu'un me dit une chose à laquelle je dois répliquer, il faut que je m'efforce de tenir compte de son opinion, de son sentiment, voire même de ses préjugés, plutôt que de l'argument qui me vient à l'esprit. Il y a ici tout un affinement du tact auquel le disciple doit consacrer ses soins les plus attentifs. Il doit apprendre à discerner de quelle importance sera pour son interlocuteur ce qu'il va répliquer. Il ne s'agit pas de refouler ce qu'on pense soi-même : il n'en est pas question ici; mais il faut écouter aussi exactement que possible ce que dit l'autre et ne donner forme à sa propre réplique que d'après ce qu'on a entendu. En pareil cas, une pensée revient toujours à l'esprit du disciple et si elle vit en lui au point de devenir un trait de caractère, il sait qu'il est sur la bonne voie. Cette pensée est la suivante : « L'important n'est pas que j'aie un autre avis que cet homme, mais bien qu'il trouve de lui-même la vérité grâce à ce que je puis apporter. » Par de semblables pensées, le caractère et la manière d'agir du disciple prennent une certaine douceur, ce ressort essentiel de toute discipline occulte. La dureté écarte de vous les formations astrales qui doivent éveiller le regard de votre âme. La douceur bienveillante dissipe les obstacles, et ouvre vos organes spirituels.

Avec la douceur s'affirme bientôt un autre trait de caractère : l'attention sympathique et calme dirigée sur toutes les nuances de la vie intérieure des êtres qui nous entourent, grâce au silence parfait de nos propres mouvements intérieurs. Si un homme parvient à ce résultat, alors ce qui anime les âmes qui l'entourent agit sur lui de telle sorte qu'intérieurement il grandit et se structure, comme la plante dans la lumière solaire. Douceur et silence, accompagnés de véritable patience, font accéder l'âme au monde des âmes, l'esprit au monde des esprits.

« Attends dans le calme et le recueillement, ferme tes sens aux impressions qu'ils ont reçues avant que tu ne prennes en main ton éducation intérieure. Fais taire parmi tes pensées celles qui avaient l'habitude d'occuper ton âme. Établis en toi un silence, et puis attends patiemment. L'action des mondes supérieurs commencera alors à se faire sentir, à édifier le regard de ton âme et l'oreille de ton esprit. N'espère pas voir et entendre aussitôt dans les mondes de l'âme et de l'esprit. Car ce que tu fais contribue seulement à développer tes sens supérieurs. Mais tu ne saurais voir avec l'âme et entendre avec l'esprit que lorsque tu posséderas ces sens-là. Si tu es ainsi resté quelques instants dans un état d'attente calme et recueillie, va à tes occupations courantes après t'être encore une fois profondément pénétré de la pensée suivante : « Il m'arrivera un jour ce qui doit m'arriver quand je serai mûr pour le recevoir. » Interdis-toi sévèrement toute tentative pour attirer à toi les puissances supérieures par ta volonté arbitraire. »

Telles sont les indications que tout étudiant en occultisme reçoit de son instructeur à l'entrée du sentier. S'il en tient compte, il se perfectionne; s'il ne les observe pas, il travaille en pure perte. Elles ne sont difficiles que pour celui qui manque de patience et de persévérance. Il n'existe point d'autres obstacles que ceux que chacun se crée à soi-même et qu'on peut éviter si on le veut vraiment. Il faut sans cesse rappeler ces vérités, car bien des gens se font une idée très fausse des difficultés que rencontre le disciple. Il est dans un certain sens plus facile de franchir les premières étapes de ce sentier que de venir à bout des difficultés constantes de la vie journalière si l'on n'a pas suivi cet entraînement.

En outre, nous ne devons faire connaître ici que ce qui est incapable de faire courir le moindre danger à l'équilibre corporel et psychique. Certes, il existe des procédés plus rapides pour arriver au but, mais le chemin que nous indiquons n'a rien de commun avec eux, car ils peuvent avoir sur l'homme certains effets que ne peut souhaiter un occultiste éprouvé. Comme plusieurs aspects de ces procédés sont toujours à nouveau livrés au public, nous avons le devoir de mettre expressément en garde ceux qui voudraient les pratiquer. Pour des motifs que seul un initié peut comprendre, les procédés de cette espèce ne devraient pas être communiqués publiquement sous leur véritable forme, et quant aux fragments qui sont révélés ça et là, ils ne peuvent avoir aucun bon résultat ; bien au contraire, ils ruinent la santé, le bonheur et la paix intérieure. Celui qui ne veut pas se livrer entièrement à des puissances ténébreuses dont il ne peut apprécier ni l'origine, ni la véritable essence, doit soigneusement éviter de se laisser prendre à ces méthodes.

Nous pouvons encore donner quelques indications sur le milieu dans lequel les exercices occultes doivent être entrepris. Car il exerce une certaine influence. Toutefois, les conditions varient pour chaque individu. Celui qui les pratique dans un milieu qui n'est rempli que d'intérêts égoïstes, par exemple des formes modernes de la lutte pour l'existence, celui-là doit savoir que cette atmosphère n'est pas sans influence sur le développement de ses organes spirituels. A vrai dire, les lois intérieures qui gouvernent ces organes sont assez fortes pour résister en partie à la mauvaise influence du milieu. Le terrain le plus défavorable ne saurait faire qu'une graine de lys donne naissance à un chardon; de même les plus âpres luttes d'intérêt de nos cités modernes ne sauraient faire qu'un organe spirituel devienne autre chose que ce qu'il doit être. Mais en tout cas, il est excellent pour le chercheur de s'environner de temps à autre de la paix silencieuse, de la majesté grave et du charme qu'il trouve dans la nature. Il est particulièrement favorable pour l'étudiant de poursuivre son développement entouré d'une végétation verdoyante ou dans une contrée montagneuse ensoleillée, baignée dans les charmes d'une vie simple. Un tel milieu imprime aux organes spirituels une croissance harmonieuse qu'on ne peut jamais réaliser dans nos cités modernes. Celui qui, du moins dans son enfance, a respiré l'air des sapins, contemplé les sommets neigeux, observé l'activité silencieuse des insectes et des animaux dans la forêt, est déjà mieux placé que l'homme des villes. Mais celui dont la destinée est de vivre dans une ville ne doit pas négliger de nourrir les organes de son âme et de son esprit par la lecture de pages inspirées des grands maîtres de la sagesse. Si vos yeux ne peuvent suivre jour par jour l'éclosion du printemps dans les jeunes pousses de la forêt, vous trouverez une compensation à nourrir votre cœur des pensées sublimes de la Bhagavad Gita, de l'Évangile selon saint Jean, de Thomas a Kempis (Note 6 : « L'Imitation de Jésus-Christ. ») et des descriptions de la science spirituelle. Il y a bien des chemins pour gravir les sommets de la clairvoyance, mais il faut entre eux choisir avec discernement.

L'initié aurait à décrire bien des aspects du chemin qui paraissent singuliers aux non-initiés. Il peut arriver, par exemple, que quelqu'un soit très avancé sur le sentier, qu'il touche pour ainsi dire au moment où vont s'ouvrir l'œil de l'âme et l'oreille de l'esprit. Or, il a la chance de faire alors un voyage sur une mer calme ou parfois au contraire agitée par la tempête, et un bandeau tombe de ses yeux. Brusquement il s'éveille à la vision. Un autre est également arrivé au point où ce bandeau est prêt à tomber, ce qui se produit sous un violent coup du sort. Sur un autre homme, ce coup aurait eu pour effet de paralyser sa force, d'endormir son énergie. Pour le disciple, il marque le point de départ de l'illumination. Un troisième attend depuis longtemps avec patience; voici des années qu'il attend ainsi sans percevoir les fruits de son travail; un jour, assis paisiblement dans sa chambre silencieuse, soudain une lumière spirituelle l'entoure; les murs disparaissent, deviennent transparents au regard de l'âme et un nouvel univers se déroule à son œil désormais clairvoyant, résonne à son oreille désormais ouverte à l'esprit.




The Rudolf Steiner Archive is maintained by:
The e.Librarian: elibrarian@elib.com
[Spacing]