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L'Initiation

L'Initiation: Deuxieme Partie: Comment S'Acquiert La Continuite de la Conscience

On-line since: 17th July, 2006

COMMENT S'ACQUIERT LA CONTINUITE DE LA CONSCIENCE

La vie humaine passe alternativement par trois états : la veille, le sommeil visité de rêves et le sommeil profond sans rêves. On peut comprendre comment s'acquiert la connaissance des mondes supérieurs quand on se fait une idée des changements qui doivent survenir dans ces trois états chez l'homme qui recherche cette connaissance. Avant de s'être soumise à la discipline qu'elle exige, la conscience se trouve constamment interrompue par les entractes du sommeil, pendant lesquels l'âme ignore le monde extérieur et s'ignore elle-même. De temps à autre, il émerge de cet océan d'inconscience les îlots des rêves, se rapportant soit aux événements extérieurs, soit à des états organiques. On ne voit tout d'abord dans les rêves qu'une expression particulière de l'état de sommeil et, par conséquent, l'on ne tient compte en général que de deux états, le sommeil et la veille. Mais pour la science occulte, le rêve a son importance à côté des deux autres états.

Nous avons déjà décrit les modifications qu'apportent dans les rêves humains les progrès réalisés vers la connaissance supérieure. Les rêves perdent leur caractère insignifiant, incohérent et chaotique. Ils constituent progressivement un monde ordonné, cohérent. A un degré supérieur d'évolution, non seulement les rêves ouvrent sur un univers qui ne le cède en rien à la réalité sensible, mais encore ils révèlent des faits qui traduisent une réalité supérieure, au vrai sens du mot. Toutes sortes d'énigmes et de mystères sont cachés derrière la réalité sensible. Ce monde physique montre bien qu'il est le résultat de certains faits de nature supérieure : mais l'homme limité aux perceptions sensibles ne peut pas atteindre ces causes. Le disciple les voit se révéler partiellement à lui quand il est dans l'état qui part du rêve ordinaire, mais bientôt le dépasse.

Il ne doit, il est vrai, tenir pour valables ces révélations que lorsqu'elles lui sont confirmées par sa perception consciente à l'état de veille. A cela aussi, il peut parvenir. Il est alors capable de transposer dans l'état de veille ses perceptions de rêve : alors le monde sensible prend à ses yeux une coloration toute nouvelle. Comme un aveugle-né qu'on opère voit, après son opération, le monde physique s'enrichir de toutes les données visuelles, de même l'homme devenu clairvoyant perçoit dans ce qui l'environne des qualités, des choses et des êtres nouveaux. Il n'a plus besoin maintenant d'attendre de rêver pour vivre dans un autre monde; il peut se mettre, quand il le juge bon, dans l'état de conscience nécessaire à la perception supérieure. Cet état a ensuite pour lui une importance analogue à celle des perceptions qu'on a dans la vie ordinaire quand les sens sont actifs, comparées à celles qu'on a quand les sens sont relâchés. On peut dire littéralement que le disciple ouvre les sens de son âme et contemple les choses qui doivent rester cachées à ceux de son corps.

Or, cet état n'est encore qu'une transition vers les étapes supérieures de la connaissance. Si l'étudiant poursuit avec persévérance son entraînement occulte, il découvrira en temps voulu que cette profonde transformation n'influe pas seulement sur sa vie de rêve, mais encore sur le sommeil profond qui était auparavant sans rêve. Il remarque que l'état d'inconscience absolue où il se trouvait jusqu'ici pendant qu'il dormait est maintenant coupé par des épisodes conscients. Bientôt des ténèbres profondes du sommeil émergent des perceptions d'un caractère qu'il n'a pas connu auparavant. Il est naturellement malaisé de décrire ces perceptions. Notre langue, faite pour le monde sensible, ne peut exprimer que de très loin les choses qui ne sont pas de ce monde. Il faut pourtant avoir recours aux mots pour donner une idée de ces réalités et l'on n'y parvient qu'en prenant des comparaisons symboliques. On peut y recourir pour la raison que tout se tient dans l'univers. Les êtres et les choses qui existent dans les mondes supérieurs sont tellement apparentés au monde sensible qu'on peut toujours arriver par des comparaisons à se le représenter approximativement, même en employant le langage ordinaire. Il ne faut seulement pas oublier qu'une bonne partie de ces descriptions des mondes suprasensibles ne peut être que symbolique. C'est pourquoi la discipline occulte ne recourt que partiellement aux mots ordinaires; pour le reste, si l'on veut progresser, on est obligé d'étudier le langage symbolique, qui parle par l'évidence. Il faut se l'assimiler au cours de l'enseignement occulte. Cela n'empêche pas d'ailleurs que, par des récits en langue ordinaire tels qu'ils sont donnés ici, on puisse arriver à se faire une idée approximative des réalités spirituelles.

Si l'on voulait prendre une comparaison au sujet des premières impressions qui émergent de l'océan d'inconscience totale où l'on est plongé pendant le sommeil profond, c'est à des phénomènes d'audition que l'on pourrait le mieux les comparer. On peut parler d'une perception de sons et de paroles. De même que les expériences du rêve ressemblent à un genre de vision et peuvent être mises en rapport avec la perception visuelle, de même les réalités du sommeil profond se rapprochent des impressions auditives. (Remarquons en passant que dans le monde spirituel la vision est également une activité plus haute que l'audition. Les couleurs sont dans ce monde aussi quelque chose de plus élevé que les sons ou les paroles. Mais ce que le disciple perçoit d'abord dans ce monde au cours de son entraînement, ce ne sont pas encore les phénomènes supérieurs de couleurs, mais les phénomènes inférieurs de sonorités. Si l'homme perçoit en premier lieu les couleurs, c'est uniquement parce que la ligne d'ensemble de l'évolution l'apparente davantage au monde qui se révèle dans le rêve. Tandis qu'il n'est pas encore aussi bien adapté au monde supérieur qui s'exprime dans le sommeil profond. Ce monde lui parle donc au début en sons et en mots; plus tard, le disciple accédera également aux formes et aux couleurs.)

Dès que le disciple remarque qu'il a des expériences de cette nature, à l'état de sommeil profond, son premier devoir est de les rendre aussi claires et aussi précises que possible. La chose est tout d'abord très malaisée, car la perception de ce qu'il vit en cet état est au début extraordinairement faible. Il sait bien au réveil qu'il lui est arrivé quelque chose, mais il est incapable de se le rappeler clairement. L'essentiel, pendant cette période préliminaire, est de rester calme et détaché sans se laisser aller un seul moment à l'agitation ou à l'impatience, car ces dispositions en tout cas ne pourraient qu'être nuisibles. Loin d'accélérer le progrès, elles l'entraveraient. Il faut s'abandonner en quelque sorte avec sérénité à ce qui vient vers vous et ne rien brusquer. Si, à un moment donné, on ne peut se souvenir des expériences du sommeil, il faut attendre avec patience que cela devienne possible; ce moment arrivera certainement, et plus on se sera montré calme et patient, plus on aura de chances de posséder d'une façon sûre cette faculté de perception, tandis qu'en la forçant, on obtiendra d'elle peut-être une fois un résultat, mais elle pourra disparaître ensuite complètement et pour longtemps.

Si cette faculté de perception apparaît et que les expériences du sommeil ressurgissent en pleine clarté devant la conscience, il faut diriger son attention sur le point suivant. Parmi ces expériences, on en distingue de deux sortes : les premières paraissent totalement étrangères à tout ce qu'on a connu jusqu'alors. Certes, on peut tout d'abord y trouver un sujet de joie; on travaille ainsi à son édification, mais mieux vaut pour l'instant les laisser tranquilles. Ce sont les premiers messagers du monde spirituel supérieur, auquel on n'accédera que plus tard. Quant à la seconde sorte d'expériences, l'observateur attentif y découvrira une certaine parenté avec le monde ordinaire dans lequel il vit. Les problèmes sur lesquels il réfléchit au cours de l'existence, le mystère des choses environnantes qu'il désire percer mais ne peut pas scruter avec l'intellect ordinaire, se trouvent éclaircis par ces expériences du sommeil. Pendant la journée, l'homme réfléchit à ce qui l'entoure; il essaie de se représenter les rapports qui existent entre les choses. Il cherche à se faire des concepts de ce que ses sens perçoivent. C'est à ces représentations, à ces concepts, que se rapportent les expériences du sommeil. Ce qui n'était encore qu'un concept obscur et vague commence à prendre une sonorité, une vie qu'on ne saurait comparer dans le monde sensible qu'à des sons ou à des paroles. Il semble de plus en plus au disciple que la solution des problèmes qu'il se pose lui vient d'un plan supérieur, en sons et en paroles, et il acquiert la possibilité de relier ces révélations d'un autre monde aux phénomènes de la vie ordinaire. Ce qu'il ne pouvait atteindre qu'en pensée devient maintenant pour lui une expérience vécue aussi concrète que celles du monde sensible. Car les choses et les êtres de ce monde sensible ne sont pas uniquement ce qu'ils semblent être pour la perception sensorielle : ce sont au fond l'expression, l'émanation des réalités spirituelles. Et ce monde spirituel, qui était jusqu'ici caché, on l'entend résonner de toutes parts autour de soi.

Il est facile de comprendre que cette faculté de perception supérieure ne peut être bienfaisante que si l'on a développé normalement et régulièrement les sens spirituels. Il en est comme pour l'homme physique qui ne saurait demander à ses instruments sensoriels ordinaires des observations exactes que s'ils sont normalement constitués. Les sens spirituels, c'est l'homme lui-même qui les édifie par les exercices que lui indique la discipline occulte.

Parmi ces exercices figure la concentration, c'est-à-dire l'art de diriger son attention sur des représentations et sur des concepts très précis, se rapportant aux mystères de l'univers. Il faut y ajouter la méditation, c'est-à-dire l'art de vivre dans ces idées et de se plonger en elles complètement, de la manière décrite. Concentration et méditation sont les moyens par lesquels l'homme travaille sur son âme. Il éveille ainsi les organes psychiques de perception. Pendant qu'il accomplit ces exercices de concentration et de méditation, son âme se développe dans son corps comme l'embryon de l'enfant dans le sein de la mère. Et lorsqu'apparaissent pendant le sommeil les expériences décrites plus haut, le moment de la naissance approche où l'âme libérée devient littéralement un nouvel être que l'homme a mûri en lui.

Les règles qui concernent ces exercices n'ont une telle importance et ne doivent être observées si exactement que parce qu'elles contiennent les lois de la croissance et de la maturation pour la nature supérieure de l'âme humaine. Cette nature doit être dès sa naissance un organisme construit d'une manière harmonieuse et juste. Mais si dans les prescriptions quelque chose est mal observé, ce n'est pas un être viable qui naît dans le monde spirituel, c'est un être inviable; la naissance est manquée.

On comprend aisément que la naissance de cette âme supérieure se passe pendant le sommeil profond si l'on songe qu'un organisme encore si délicat et si peu résistant, s'il apparaissait dans les conditions de la vie journalière, serait incapable de s'affirmer en face des phénomènes trop rudes de cette vie. Son activité serait étouffée par celle du corps physique, tandis que dans le sommeil, pendant le repos de ce corps dont dépend la perception sensible, l'activité de l'âme supérieure, presque imperceptible au début, peut naître et se manifester.

Remarquons pourtant encore une fois que le disciple ne saurait considérer ces expériences du sommeil comme des connaissances valables que lorsqu'il est en état d'intégrer dans la conscience de jour l'âme supérieure qui vient de s'éveiller. S'il peut le faire, il devient également capable de percevoir, dans les expériences physiques et entre elles, le monde spirituel dans son caractère propre, c'est-à-dire d'entendre avec l'âme, sous forme de sons et de paroles, les mystères qui l'entourent.

Parvenu à ce stade, il faut se rendre compte que l'on n'a affaire au début qu'à des phénomènes spirituels isolés, plus ou moins incohérents. C'est pourquoi il faut se garder de vouloir édifier là-dessus tout un système de connaissances; car on se trouverait facilement amené à introduire dans le monde psychique des notions et des idées purement imaginaires; on se construirait ainsi un univers sans rapport avec le véritable univers spirituel. Le disciple doit constamment pratiquer un contrôle très rigoureux de lui-même. La meilleure méthode est de rendre toujours plus conscientes les quelques expériences spirituelles authentiques que l'on peut avoir et d'attendre patiemment que d'autres se présentent spontanément et viennent se rattacher comme d'elles-mêmes aux précédentes.

Il se produit en effet, sous l'action du monde spirituel dans lequel on vient d'entrer, et par l'usage des exercices correspondants, un élargissement toujours croissant de la conscience pendant le sommeil profond. Des expériences de plus en plus nombreuses émergent de l'inconscience dans laquelle restent pris des fragments toujours plus réduits de la vie de sommeil. Ainsi s'agrègent progressivement les unes aux autres les perceptions isolées, sans que ce travail naturel d'agrégation soit gêné par des combinaisons et des associations d'idées qui ne pourraient s'inspirer que d'habitudes intellectuelles tirées du monde sensible. Moins on introduit dans le monde spirituel à tort et à travers des routines de pensée et mieux cela vaut. Si l'on se comporte ainsi, le moment approche, sur le sentier de la connaissance supérieure, où des états qui auparavant étaient plongés dans l'inconscient du sommeil sont transmués en une suite ininterrompue d'expériences conscientes. Pendant le repos du corps, on vit d'une vie aussi réelle que pendant la veille. Il est à peine besoin de remarquer que pendant le sommeil on a affaire à une réalité tout autre que le milieu sensible où se trouve le corps. Pour que le disciple ne perde jamais pied dans ce milieu sensible, il doit à tout prix établir un lien entre les profondes expériences du sommeil et l'entourage sensible, même si au début la nature de ce qui se révèle pendant le sommeil est une découverte toute nouvelle.

L'étape importante qui consiste à acquérir la conscience pendant le sommeil s'appelle dans la science occulte la « continuité de la conscience » (Note 15 : Ce que nous décrivons ici est, à une certaine époque de l'évolution, une sorte d'« idéali » qui vient au terme d'une longue route. Ce que le disciple connaît d'abord, ce sont ces deux états : en premier lieu, la conscience relativement éveillée à la place des rêves incohérents; en second lieu, le sommeil sans conscience et sans rêves.)

Chez celui qui atteint ce degré, la faculté de percevoir n'est pas suspendue pendant les périodes où son corps physique repose et où les organes des sens ne transmettent à son âme nulle impression du dehors.




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