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L'Initiation

L'Initiation: Supplement A La Onzieme Edition

On-line since: 17th July, 2006

SUPPLEMENT A LA ONZIEME EDITION

Le chemin vers la connaissance suprasensible, tel qu'il est décrit dans cet ouvrage, conduit à des expériences de l'âme pour lesquelles il est d'une toute particulière importance d'éviter les illusions et les malentendus. Car il est dans la nature de l'homme de s'illusionner en cette matière. L'une des illusions, et non des moins graves, consiste à ramener tout le domaine de l'expérience psychique dont traite la science spirituelle au niveau de la superstition, de la rêverie visionnaire, du médiumnisme et d'autres déviations de l'effort humain vers la connaissance. Cette erreur provient souvent de ce que des hommes peu soucieux du véritable chemin de la connaissance voudraient se frayer l'accès des réalités suprasensibles, fût-ce par des voies tortueuses. Et ces hommes sont confondus avec ceux qui suivent la route décrite en cet ouvrage

I

Toutes les expériences psychiques qui sont retracées ici se déroulent entièrement dans le domaine de la pure expérience spirituelle et psychique. L'homme ne peut donc les ressentir que dans certaines conditions. Il doit se rendre, en certains cas, aussi libre et indépendant de la vie du corps qu'il l'est dans sa conscience ordinaire quand il construit en lui des pensées sur ce qu'il perçoit extérieurement ou qu'il ressent, souhaite ou veut intérieurement. Ces pensées au fond ne sont pas produites directement par les impulsions volontaires ou les désirs. Il y a des gens qui ne croient pas à l'existence de pensées de ce genre. Ils disent : il n'existe pas de pensées qui ne soient extraites des perceptions ou des états intérieurs conditionnés par le corps. Les pensées, ajoute-t-on, ne sont que les ombres projetées des perceptions ou des impressions intérieures. On ne peut avoir cette opinion que si l'on ne s'est jamais élevé à l'activité intérieure qui permet de sentir vivre en soi une pensée pure ne reposant que sur elle-même. Quiconque connaît cette expérience considère comme une vérité de fait que là où, dans l'âme, s'exerce la pensée, et dans la mesure où cette pensée pénètre d'autres fonctions psychiques, l'homme exerce une activité à laquelle le corps n'a point part. Dans la vie ordinaire de l'âme, la pensée est presque toujours mêlée à d'autres fonctions : perception, sentiment, volonté, etc. Ces autres fonctions existent grâce au corps; mais la pensée intervient en elles. Et dans la mesure où cette intervention de la pensée se produit, il se passe en l'homme et à travers lui quelque chose à quoi le corps n'a point part. Les hommes qui nient ce fait tombent dans l'illusion parce qu'ils n'observent pas l'activité pensante à l'état pur, mais qu'ils la voient toujours mêlée à d'autres fonctions. Dans l'expérience intérieure, on peut arriver à s'élever au niveau où la pensée apparaît comme une activité distincte et séparée des autres. De tout le circuit de l'âme, on peut dégager quelque chose qui n'est plus que la pensée pure; un ensemble de pensées se soutenant par elles-mêmes et dépouillées de toute influence provenant des perceptions ou de la vie organique. Les pensées de cette nature se manifestent d'elles-mêmes comme des réalités spirituelles, suprasensibles. Et l'âme qui s'unit à elles, qui exclut pendant cette union toute perception, tout souvenir, toute autre activité intérieure, sait qu'elle se trouve, par cette pensée, dans un domaine suprasensible; elle se sent hors du corps.

Celui qui acquiert une vue claire de tout ce processus, ne peut plus se poser la question : « L'âme peut-elle avoir conscience d'elle-même dans un état suprasensible, quand elle est hors du corps ? » Car ce serait mettre en doute ce qu'il sait par expérience. La seule question qui se pose encore est celle-ci : qu'est-ce qui empêche l'homme de reconnaître une pareille évidence ? Et la seule réponse à cette question, c'est que cette expérience ne peut pas se produire si l'homme ne se met pas d'avance dans une disposition d'âme qui lui rende possible de recevoir cette révélation. Or, les gens ressentent généralement une certaine méfiance à l'égard d'une activité purement psychique qui tend à manifester un élément indépendant d'eux-mêmes. S'il faut se préparer pour recevoir cette révélation, se dit-on, ne va-t-on pas se suggestionner ? On voudrait rencontrer des expériences où la participation de l'homme soit nulle et vis-à-vis desquelles on demeure un témoin passif. Il peut se faire en outre que des novices ignorent les premières règles élémentaires qu'exige l'approche scientifique d'un fait. Il leur arrive alors ceci : dans des manifestations de la vie intérieure où l'âme descend au-dessous du niveau de l'activité consciente habituelle, ils croient voir la manifestation objective d'une réalité non sensible. Les visionnaires, les médiums ont des expériences de cette nature.

Les forces qui se manifestent ainsi proviennent d'un monde qui n'est pas au-dessus des sens, mais au-dessous. La vie consciente de veille ne se déroule pas entièrement dans le corps, mais elle s'écoule, dans sa partie la plus consciente, à la frontière entre le corps et le monde physique extérieur. C'est le cas pour la vie des perceptions : ce qui se produit dans l'organe sensoriel est un phénomène du dehors, qui pénètre dans le corps, tout autant qu'il est une projection d'activité du corps vers ce phénomène. C'est également le cas pour la vie volontaire; l'être humain est inséré dans la réalité cosmique : l'homme qui veut est en même temps un élément du devenir universel. Dans les expériences de l'âme qui se déroulent à la lisière du corps, l'homme dépend à un très haut degré de son organisation corporelle. Toutefois l'action de la pensée vient s'unir à ces expériences et, dans la mesure où cette union se produit, l'homme se rend indépendant du corps dans la perception et dans la volonté. Au contraire, dans les phénomènes visionnaires et médiumniques, l'homme tombe entièrement sous l'influence du corps. Il exclut de sa vie intérieure précisément ce qui pouvait le rendre indépendant du corps dans la perception et la volonté. Et par là, les manifestations de sa vie intérieure deviennent une simple expression de sa vie corporelle. Les visionnaires et les médiums sont des êtres chez qui les activités de perception et de volonté sont beaucoup moins indépendantes du corps qu'elles ne le sont pour l'homme normal. En ce qui concerne l'expérience du suprasensible décrite ici, l'évolution de l'âme doit suivre la direction exactement opposée à la voie suivie par les visionnaires et les médiums. L'âme se rend progressivement plus indépendante du corps qu'elle ne l'est dans la perception et dans la volition normales. Elle acquiert, pour une partie d'activité bien plus large, l'indépendance dont elle ne jouissait auparavant que pour exercer la pensée pure.

Il est d'une importance capitale, pour cette activité de l'âme dans le monde suprasensible, de voir très clairement ce qu'est cette expérience de la pensée pure. Car au fond cette expérience même est déjà une activité suprasensible de l'âme, bien qu'elle ne permette pas encore la vision spirituelle. Par la pensée pure on vit dans le suprasensible, mais seule cette pensée est ressentie de manière suprasensible; rien d'autre. L'expérience du suprasensible doit être la suite de ce qu'a déjà éprouvé l'âme en s'unissant à la pensée pure. C'est pourquoi il est si important de pouvoir correctement expérimenter cette union. Car c'est la compréhension de cette union qui va révéler sous son vrai jour la nature de la connaissance suprasensible. Dès que la vie de l'âme descend au-dessous du niveau de la conscience claire qui brille dans la pensée, elle dévie de sa route vers la véritable connaissance suprasensible. Elle est soumise aux phénomènes organiques; et tout ce qu'elle ressent, tout ce qu'elle exprime est une manifestation non pas du suprasensible, mais de la vie organique dans une région inférieure au monde sensible.

II

Dès que l'âme fait des expériences qui l'introduisent dans la sphère du suprasensible, ce qu'elle ressent est d'une nature qui ne peut plus s'exprimer aussi bien par le langage ordinaire que les impressions nées au contact du monde sensible. Lorsqu'on entend décrire des expériences spirituelles, il faut se rappeler qu'elles sont bien plus éloignées des mots que ne l'est la description d'un fait physique. Il faut tenir bien compte de ce décalage, lorsqu'on emploie certaines expressions qui ne peuvent se rapporter à leur objet que par une allusion délicate, une image symbolique. À la page 40 de cet ouvrage, nous disons par exemple : « Sous leur forme originelle, toutes les règles et les enseignements de la science spirituelle sont donnés dans un langage de signes et de symboles. » Et à la page 101, nous avons dû parler d'un « système d'écriture particulier ». On pourrait aisément en conclure que cette écriture s'apprend comme on apprend les lettres et les caractères d'une langue physique. Il y a eu, certes, et il existe encore des écoles et des sociétés d'enseignement spirituel qui possèdent des signes symboliques pour exprimer les faits du monde suprasensible. Ceux qui sont initiés au sens de ces symboles ont en main un moyen pour diriger leur âme vers les réalités suprasensibles en question. Mais pour la vie suprasensible, l'essentiel est plutôt qu'au cours d'une expérience telle que peut en procurer l'écriture occulte, l'âme acquière en contemplant les réalités supérieures la révélation de ces caractères symboliques, et cela par elle-même. Le suprasensible enseigne à l'âme quelque chose qu'elle doit traduire en symboles pour pouvoir le contempler en pleine conscience. On peut dire de cette écriture que ce qu'elle exprime peut être réalisé par toute âme. Pendant que l'âme en fait ainsi une réalité, se produisent les résultats que nous avons décrits.

Que l'on prenne donc un livre comme celui-ci pour ce qu'il est : un dialogue entre l'auteur et le lecteur. Si l'on dit : « le disciple a besoin de recevoir des conseils personnels », il faut entendre que ce livre lui-même est un enseignement personnel. Dans les temps anciens, il existait des raisons pour réserver cet enseignement personnel à un entretien oral secret, mais à l'heure actuelle l'humanité en est à une étape de son évolution où les connaissances de la science spirituelle doivent être répandues bien plus largement que par le passé. Il faut que dans une tout autre mesure qu'autrefois elles soient rendues accessibles à tous. Aussi le livre prend-il la place de l'antique enseignement oral. La croyance qu'à ce qui est dit dans ce livre doit encore venir s'ajouter une direction personnelle, n'est justifiée qu'en certains cas. Cette aide personnelle peut avoir parfois son importance. Mais ce serait une erreur de croire qu'il y a des choses essentielles qu'on ne trouve pas dans ce livre. On les y trouve si on le lit avec attention, si on le lit à fond.

III

Les descriptions données dans cet ouvrage semblent être des conseils sur la manière de transformer sa nature de fond en comble. Mais si on le lit avec soin, on découvrira que leur unique but est de décrire l'attitude que l'homme doit prendre dans les moments de son existence où il veut rencontrer le monde suprasensible. Cette attitude intérieure devient en lui comme une seconde nature. La première nature, normale, continue comme par le passé le cours de son existence. Il faut savoir séparer en pleine conscience ces deux natures l'une de l'autre, les faire alterner comme il convient. On ne doit pas pour autant se rendre impossible dans la vie, planer au-dessus de l'existence quotidienne et jouer à l'occultiste en toute circonstance. Il est vrai que la manière dont on vit les expériences suprasensibles rayonnera sur la personnalité tout entière; mais cela, loin de détourner le disciple de la vie terrestre, le rend au contraire mieux adapté à elle.

Si toutefois nous avons dû donner dans ce livre la description que nous avons faite, c'est parce qu'un effort de connaissance dirigé vers le monde supérieur concerne l'homme tout entier, si bien qu'il doit être engagé de tout son être dans une pareille activité. Autant la perception d'une couleur n'engage en réalité que l'œil ou les nerfs qui y aboutissent, autant une perception supérieure nécessite la mise en œuvre de l'individu tout entier. L'homme devient « tout œil », ou « tout oreille ». Parce qu'il en est ainsi, il semble, à bon droit, qu'en décrivant l'acquisition des processus qui accompagnent la connaissance suprasensible, on parle de la transformation totale de l'homme, on dise que l'homme ordinaire n'est pas ce qu'il devrait être et doit devenir tout autre.

IV

Au sujet du chapitre sur « quelques effets de l'initiation », il faut ajouter quelque chose qui, avec des nuances, est valable pour d'autres passages de cet ouvrage. Quelqu'un pourrait objecter : pourquoi décrire ainsi en images les expériences suprasensibles ? Ne pourrait-on pas, sans recourir à des images sensibles, les présenter sous forme d'idées ? Voilà la réponse : le but essentiel de l'expérience de la réalité suprasensible, c'est que l'homme prenne conscience de lui-même dans cette réalité-là comme d'un être suprasensible. S'il n'arrivait pas à se représenter son être immatériel, dont certaines réalités lui sont décrites sous cette forme de « fleurs de lotus » et du « corps éthérique » qui correspond bien à leur nature, l'homme aurait de lui, à l'état suprasensible, une conscience analogue à celle qu'il aurait dans le monde sensible s'il percevait tout ce qui l'entoure, mais sans avoir la notion de son corps.

Le fait de se contempler en tant qu'être suprasensible dans son corps psychique et son corps éthérique lui permet de posséder dans le monde supérieur la conscience de lui-même, de même qu'en percevant son corps sensible, il prend conscience de lui dans le monde sensible.

Corlet, Imprimeur, S.A. — 14110 Condé-sur-Noireau
N° d'impression : 6250 Dépôt légal du 1er
tirage de la 7e édition :
2e trimestre 1976 Dépôt légal du 3e
tirage : juillet 1985




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